MIND’S EYE & ETHER

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MIND’S EYE & ETHER

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Dans la diégèse du film Anon (Niccol, 2018), la grande majorité des individus porte un implant numérique par lequel ils se trouvent surveillés en permanence. L’implant, que l’on peut supposer être rétinien, génère une interface nerveuse numérique ayant de multiples fonctions. Contrôlé par la pensée, le dispositif communément appelé Mind’s Eye (l’œil de l’esprit) se superpose à la vue et permet par exemple de traduire les langues étrangères en temps-réel, de reconnaître les visages et les personnes que l’on croise, d’écouter de la musique « dans sa tête », de payer ses achats, de téléphoner ou encore d’envoyer des fichiers à quelqu’un d’autre. Suivant la logique de la réalité « augmentée », l’interface translucide affiche de nombreuses informations pour les individus (nom et profession des personnes croisées, informations publicitaires, informations nutritionnelles, etc.) et assiste la vie quotidienne par le biais d’une reconnaissance algorithmique des activités (un avertissement surgit par exemple si un individu se trouve dans une situation dangeureuse). Anon présente ainsi un monde futur hyperconnecté et hypersurveillé où nos terminaux personnels d’usage ont disparus, les ordinateurs personnels et les téléphones, par exemple, ne sont plus nécessaires puisque tout se trouve « dans la tête ». Les technologies ont été invisibilisées, leurs fonction ayant convergé dans la nanopuce. La technologie répond à l’idéologie du « frictionless » ou de l’interface dite « naturelle ». Cependant, puisqu’ils sont installés au sein du corps humain, se départir des appareils de contrôle est extrêmement difficile. Dans l’univers fictionnel, l’anonymat est l’ennemi numéro un (52’53). Il est donc impossible de mettre sur pause l’implant. En fait, les percepts des individus sont constamment médiés par l’interface nerveuse numérique et la perception visuelle et auditive est systématiquement enregistrée sous format numérique. Une quantité d’archives visuelles en POV est ainsi produite et centralisée dans le réseau nommé Ether contrôlé par les forces de l’ordre. La police peut ainsi naviguer dans Ether, visionner les images d’un individu suspect et même accéder à ce dernier perçoit en temps-réel[1]. Pour les quidams, le système interfacé se présente moins sous les traits d’un système de contrôle et de surveillance que comme un service qui les assiste quotidiennement et conserve les traces numériques de leur existence à la manière d’un hyperlifelogging. Malgré tout, comme le rappelle un personnage, lorsque tout est connecté, tout devient vulnérable. Dans le récit, les pirates informatiques parviennent à modifier la vision « augmentée » des personnes, à créer des hallucinations perceptives par le biais de programmes informatiques et à effacer les souvenirs numériques. Le piratage des images, considérées comme autant de preuves pour les policiers, remet en question la fiabilité des données et des métadonnées, mais surtout des méthodes d’enquêtes policières qui reposent essentiellement sur ces outils.

Monde fictionnel : Andrew Niccol, Anon, GB, 2018, 100 min.

[1] On trouve ici une analogie avec XKEYSCORE, le logiciel espion de la NSA. Edward Snowden écrit : « C’était, pour dire les choses simplement, ce que j’ai pu voir de plus proche de la science-fiction dans la science elle-même : une interface permettant de taper l’adresse, le numéro de téléphone ou l’adresse IP d’à peu près n’importe qui et de se plonger dans l’histoire récente de son activité en ligne » (p. 311) ; « Le programme qui rendait possible cet accès était appelé XKEYSCORE, que l’on pourrait décrire comme un moteur de recherche permettant à l’analyste de chercher dans tous les enregistrements de votre vie. Imaginez une sorte de Google qui, au lieu de montrer des pages de l’internet public, proposerait des résultats issus de vos e-mails privés, de vos chats privés, de vos fichiers privés, etc. » p. 308. E. Snowden, Mémoires vives, trad. de l’anglais par É. Menanteau et A. Blanchard, Paris, Seuil, 2019.

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surveillance de masse
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